Guide 04 · Stablecoins

Stablecoins : un euro numérique, à quelques conditions près

Un stablecoin promet de valoir toujours 1 dollar ou 1 euro. La promesse tient tant que l’émetteur tient la sienne. Comment fonctionnent ces jetons, quand ils ont décroché, et ce que le règlement européen MiCA exige d’eux.

L’essentiel en 30 secondes

  • Un stablecoin suit une monnaie grâce à des réserves (USDC, USDT, EURC) ou à un collatéral en crypto (DAI, USDS).
  • La parité a déjà cassé : l’UST s’est effondré en mai 2022, l’USDC est tombé à 0,87 $ en mars 2023.
  • En Europe, MiCA impose aux émetteurs un agrément, des réserves et un remboursement au pair sans frais.
  • Un stablecoin ne rapporte rien par lui-même : un « rendement » sur stablecoin signifie que quelqu’un prête vos fonds.

À quoi servent-ils ?

Les stablecoins sont la monnaie de travail du monde crypto. On s’en sert pour sortir d’une position sans repasser par la banque, pour envoyer des dollars à l’autre bout du monde en quelques minutes, ou comme garantie dans les protocoles de prêt. Dans des pays à forte inflation, ils servent aussi d’épargne en dollars à ceux qui n’ont pas accès à un compte bancaire en devises.

Ils dominent les volumes d’échange : la plupart des paires sur les plateformes s’écrivent contre l’USDT ou l’USDC plutôt que contre le dollar lui-même.

Trois façons de tenir une parité

1. Des réserves en monnaie classique

L’émetteur reçoit 1 dollar, émet 1 jeton, et place le dollar en réserve, le plus souvent en dépôts bancaires et en bons du Trésor américain à court terme. C’est le modèle de l'USDT (Tether, lancé en 2014), de l'USDC (Circle, 2018) et de l'EURC, la version euro de Circle. Leur solidité dépend entièrement de la qualité des réserves et de l’honnêteté de l’émetteur, que l’on vérifie par des attestations publiées régulièrement.

2. Un collatéral en crypto, surdimensionné

Le DAI, géré par le protocole MakerDAO devenu Sky en 2024 (qui émet aussi l’USDS), est créé par des utilisateurs qui déposent plus de crypto en garantie que la valeur empruntée. Si le collatéral baisse trop, il est vendu automatiquement. Pas d’émetteur à qui faire confiance, mais une dépendance aux oracles de prix et aux liquidations en période de krach.

3. Un algorithme, sans réserves réelles

Le modèle qui a échoué de la façon la plus spectaculaire. L'UST de Terra tenait sa parité grâce à un mécanisme d’échange avec un second jeton, le LUNA, censé absorber les chocs. En mai 2022, une vague de retraits a enclenché une spirale : l’UST a perdu sa parité, le LUNA a été émis en masse pour la défendre, et les deux se sont effondrés en quelques jours. Des dizaines de milliards de dollars de valeur ont disparu.

Quand la parité casse

Même un stablecoin adossé à des réserves peut décrocher. Le 10 mars 2023, la banque américaine Silicon Valley Bank fait faillite. Circle annonce le soir même qu’environ 3,3 milliards de dollars de réserves de l’USDC y sont bloqués. Le lendemain, l’USDC tombe autour de 0,87 $ sur les marchés. Il retrouve sa parité deux jours plus tard, après l’annonce par les autorités américaines de la garantie de tous les dépôts de la banque.

Un stablecoin hérite des risques de ce qui le soutient : la banque qui garde ses réserves, le code qui gère son collatéral, ou la confiance qu’on accorde à son mécanisme.

Ce que MiCA change en Europe

Les règles du règlement MiCA sur les stablecoins s’appliquent depuis le 30 juin 2024. Le texte distingue les jetons de monnaie électronique, adossés à une seule monnaie officielle, et les jetons se référant à des actifs, adossés à un panier. Pour les premiers, l’émetteur doit :

  • être agréé comme établissement de crédit ou de monnaie électronique dans l’Union ;
  • détenir des réserves au moins égales aux jetons en circulation, en grande partie en dépôts bancaires ;
  • rembourser au pair, à tout moment et sans frais, tout détenteur qui le demande ;
  • s’abstenir de verser des intérêts aux détenteurs.

Circle a obtenu en juillet 2024 un agrément d’établissement de monnaie électronique en France : l’USDC et l’EURC sont conformes à MiCA. Tether n’a pas fait cette démarche pour l’USDT. Plusieurs grandes plateformes l’ont donc retiré de leur offre pour les clients de l’Espace économique européen entre fin 2024 et mars 2025. Détenir de l’USDT reste légal ; c’est sa commercialisation par les plateformes européennes qui est restreinte.

Aux États-Unis, le GENIUS Act, promulgué en juillet 2025, fixe à son tour un cadre fédéral pour les émetteurs de stablecoins de paiement.

Les risques qui restent

  • L’émetteur. Qualité des réserves, transparence des attestations, solidité des banques dépositaires.
  • Le gel. Tether et Circle peuvent geler les jetons d’une adresse à la demande des autorités. Ils le font régulièrement dans des affaires de fraude ou de sanctions.
  • Le réseau. L’USDC existe sur une dizaine de blockchains. Envoyer sur le mauvais réseau est l’une des erreurs les plus courantes.
  • Le « rendement ». Un stablecoin ne produit rien. Une plateforme qui vous offre 8 % ou 10 % par an prête vos fonds à quelqu’un, ou les place dans un protocole : c’est ce risque de contrepartie qu’elle vous rémunère. Celsius promettait ce type de rendement avant sa faillite en juillet 2022.

Fiscalité : en France, échanger une crypto contre un stablecoin n’est pas imposable. Le stablecoin est traité comme un crypto-actif ; l’impôt n’intervient qu’à la conversion en euros ou à l’achat d’un bien. Détails dans le guide fiscalité.

Sources

  1. Règlement (UE) 2023/1114 (MiCA), titres III et IV.
  2. ESMA, page MiCA et registres.
  3. AMF, dossier MiCA.
  4. Circle, An Update on USDC and Silicon Valley Bank, mars 2023.