Guide 03 · Ethereum

Ethereum, l’ordinateur que personne n’éteint

Bitcoin enregistre qui possède quoi. Ethereum enregistre aussi des programmes, et les exécute exactement comme ils ont été écrits. Cette différence a donné naissance aux jetons, à la DeFi et aux NFT, avec leurs bugs à plusieurs millions.

L’essentiel en 30 secondes

  • Ethereum est une blockchain programmable ; l’ether (ETH) sert à payer l’exécution des programmes, appelés smart contracts.
  • Depuis septembre 2022, le réseau fonctionne en preuve d’enjeu : plus de minage, des validateurs qui immobilisent 32 ETH.
  • La plupart des transactions passent désormais par des layer 2, dont les frais ont chuté après la mise à jour Dencun de mars 2024.
  • Un smart contract ne s’arrête pas, même quand il contient un bug. C’est sa force et son principal risque.

D’un livre blanc de 2013 à un réseau mondial

Fin 2013, Vitalik Buterin, alors âgé de 19 ans, publie le livre blanc d’Ethereum. Son constat : Bitcoin a prouvé qu’on peut s’accorder sans autorité centrale sur un registre de paiements, mais son langage de script est volontairement limité. Il propose une blockchain dotée d’un langage complet, capable d’exécuter n’importe quel programme.

Le réseau démarre le 30 juillet 2015. Sa monnaie native, l'ether (ETH), sert d’abord de carburant : chaque opération exécutée sur Ethereum se paie en ether.

Les smart contracts, concrètement

Un smart contract est un programme déployé à une adresse sur la blockchain. Il détient éventuellement des fonds et réagit aux transactions qu’on lui envoie, selon un code public que tout le monde peut lire. Aucune entreprise ne l’héberge et personne ne peut l’éteindre.

Trois exemples d’usages qui en découlent :

  • Les jetons. La norme ERC-20 décrit l’interface d’un jeton : solde, transfert, autorisation. Des milliers de jetons, dont les stablecoins USDC et USDT, sont de simples contrats ERC-20.
  • Les échanges décentralisés. Uniswap échange deux jetons contre une réserve gérée par un contrat, sans carnet d’ordres ni intermédiaire qui garde vos fonds.
  • Le prêt. Aave ou Compound prêtent contre une garantie déposée dans un contrat. Si la garantie perd trop de valeur, le contrat la liquide automatiquement.

L’épisode fondateur des risques remonte à juin 2016. The DAO, un fonds d’investissement géré par smart contract, est vidé d’environ 3,6 millions d’ETH grâce à une faille de son code. La communauté décide de réécrire l’historique par un hard fork pour rendre les fonds. Une minorité refuse et continue l’ancienne chaîne : c’est Ethereum Classic (ETC).

Le gas, ou pourquoi les frais varient

Chaque opération consomme une quantité de gas qui reflète le calcul nécessaire. Un simple envoi d’ETH coûte toujours 21 000 gas ; un échange sur un DEX en consomme bien plus. Vous payez ce gas à un prix exprimé en gwei, un milliardième d’ether.

Depuis la mise à jour London d’août 2021 (EIP-1559), le prix se compose de deux parts : des frais de base fixés par le protocole selon l’encombrement, qui sont brûlés, c’est-à-dire détruits, et un pourboire versé au validateur.

OpérationGasÀ 2 gweiÀ 50 gwei
Envoi d’ETH21 0000,000042 ETH0,00105 ETH
Transfert d’un jeton ERC-20 (ordre de grandeur)≈ 50 0000,0001 ETH0,0025 ETH
Coût = gas consommé × prix du gas. Le prix du gas grimpe quand le réseau est encombré.

The Merge et le staking

Le 15 septembre 2022, Ethereum abandonne la preuve de travail pour la preuve d’enjeu lors d’une opération baptisée The Merge. Les mineurs disparaissent ; des validateurs immobilisent au moins 32 ETH pour proposer et attester les blocs. Un bloc est produit toutes les 12 secondes.

Les retraits de staking sont possibles depuis avril 2023 (mise à jour Shanghai/Capella). La mise à jour Pectra de mai 2025 a relevé le solde effectif maximal d’un validateur à 2 048 ETH, sans changer le minimum de 32.

Staker sans 32 ETH

La plupart des particuliers passent par une plateforme ou un protocole de staking liquide, qui regroupe les dépôts et rend un jeton représentatif. Le rendement est réel mais les risques s’additionnent : faille du protocole, défaillance de la plateforme, décote du jeton représentatif en cas de panique. Un rendement affiché nettement au-dessus de celui du réseau doit vous alerter.

Les layer 2, là où vivent les utilisateurs

Ethereum traite de l’ordre de quinze à trente transactions par seconde sur sa chaîne principale. Pour aller plus loin, des réseaux de seconde couche, les rollups, exécutent les transactions de leur côté puis publient sur Ethereum des données compressées qui permettent de les vérifier. Arbitrum, Optimism et Base en sont les plus utilisés.

La mise à jour Dencun du 13 mars 2024 (EIP-4844) a donné aux rollups un espace de données dédié et bon marché, les « blobs ». Les frais sur les principaux layer 2 sont tombés le plus souvent sous le centime d’euro par transaction simple.

Un même jeton peut exister sur Ethereum et sur plusieurs layer 2. Avant d’envoyer, vérifiez que l’adresse de destination accepte bien le réseau choisi : un envoi vers le mauvais réseau peut rendre les fonds très difficiles à récupérer.

Combien d’ETH existe-t-il ?

Contrairement au bitcoin, l’ether n’a pas de plafond. Les validateurs reçoivent de nouveaux ETH, tandis qu’une partie des frais est brûlée. Quand le réseau est très utilisé, la destruction peut dépasser l’émission et l’offre baisse, comme ce fut le cas sur certaines périodes de 2022 et 2023. Depuis que l’activité s’est déplacée vers les layer 2, moins d’ETH est brûlé et l’offre augmente légèrement.

Les risques propres à Ethereum

  • Les bugs de contrat. Un audit réduit le risque, il ne l’annule pas. Les protocoles DeFi piratés ont presque tous été audités.
  • Les autorisations. Interagir avec un contrat demande souvent de l’autoriser à dépenser vos jetons. Une autorisation illimitée donnée à un site malveillant suffit à vider un wallet. Des outils comme Revoke.cash permettent de les lister et de les révoquer.
  • Les signatures piégées. Un site de phishing peut vous faire signer un message qui ressemble à une simple connexion mais autorise un transfert. Lisez ce que votre wallet affiche avant de signer.
  • Les bridges. Les ponts entre chaînes concentrent des réserves énormes et figurent parmi les cibles les plus piratées de l’histoire de la crypto.

Sources

  1. Vitalik Buterin, livre blanc d’Ethereum.
  2. EIP-1559 et EIP-4844.
  3. ethereum.org, The Merge et staking.
  4. ethereum.org, historique des mises à jour du réseau.